Régiment de Tournai

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1er bataillon de Tournai ou régiment de Tournai :

 

Date de formation : Il fut formé le 1er décembre 1792, à Tournai, mais la date du 21 janvier 1793 est aussi donnée[1].

Formation :

Il comprenait six compagnies de 100 hommes.

Historique :

1793 :

Il fut passé en revue à Maroilles près de Landrecies, le 14 mai, comprenant alors quatre compagnies, pour 14 officiers et 207 hommes.

Il fut versé dans le 24ème bataillon de chasseurs, nouvellement formé, avec les compagnies franches de Clermont, de Breteuil et du Panthéon.

Portraits :

Bruant, lieutenant au régiment de Tournai.

 

Chaffaux, capitaine au régiment de Tournai, le général Thiébault raconte ceci à propos de lui dans ses mémoires :

« c’était un homme modelé sur l’antique, fait comme une statue et très fortement constitué. Sévère dans ses mœurs, dans ses principes, dans ses habitudes, il était aussi sobre que continent. Sa figure blonde était calme, mais ferme, et même il avait dans la figure quelque chose de chevaleresque que ses moustaches à la royale accompagnaient à merveille. Il dormait peu, et ne se déshabillait que pour changer de linge, car même dans les cantonnements ou les garnisons, où il dormait avec ses vêtements et de préférence sur la paille. Studieux, il était fort instruit, réfléchi, méditatif, il y avait peu de sujets sur lesquels il n’eut des pensées fortes et originales. Modeste parlant peu, il fallait le connaître pour l’apprécier, recevait-il des ordres, il les exécutait aveuglement. Avait-il à en donner, c’était toujours avec une haute sagesse, enfin on ne pouvait avoir plus de soumission envers ses chefs, de dévouement à ses camarades et à ses devoirs, de sollicitude pour ses subordonnés. Aussi n’ai-je pas connu d’officier plus estimé et plus aimé. Pour connaître ses facultés et ses forces, il avait fait sur lui-même des expériences singulières, entre autres, celle de savoir combien de temps il pourrait vivre sans boire ni manger, et il avait approché de la soixante douzième heure. Il est mort pendant la campagne de Pichegru en Hollande, des suites d’une blessure affreuse. Connaissant sa position, il ne témoignait que le regret de ne pas mourir sur le champ de bataille, mais jusqu’au dernier moment, il étonna, confondant tout le monde par son imperturbable stoïcisme »[2].

 

Denis Dath, né le 14 décembre 1768 à Tournai, sous-lieutenant au régiment de Tournai (25 février 1793), lieutenant (15 juillet), passa au 3e bataillon de tirailleurs (24 janvier 1794), adjoint à l’état-major de la 2e division de l’armée de Rome (24 juin 1798), capitaine sur le champ de bataille (23 février 1799), blessé à la bataille de la Trebbie (18 juillet), passa à Saint-Domingue avec le général Watrin (28 juin 1802), le général Thiébault qu’il servit comme adjoint pendant la campagne de Naples (1798), et de Gênes (1800), raconte :

« employé ensuite à l’armée de Saint-Domingue, eut à bord du bâtiment qui le ramenait de cette déplorable expédition, une querelle avec un commissaire des guerres et lui donna un soufflet. En débarquant à la Rochelle, ils se battirent au pistolet. Du premier coup, Dath tomba mortellement blessé, mais rassemblant ses dernières forces, il se releva en criant à son adversaire qui croyait le combat terminé, « En place ! j’ai encore une minute à vivre, et c’est assez pour me venger », en effet, il tira et passa sa balle à travers le corps de son adversaire et expira »[3].

 

Alexandre Duchoqué, né à Tournai, le 2 octobre 1769, entra capitaine au régiment de Tournai (25 février 1793), aide de camp du général Salm (21 avril 1799), chef de bataillon (19 juin), attaché au 1er bataillon franc de l’île d’Elbe (22 juillet 1803), jusqu’au 31 octobre 1810, il passa ensuite au 1er régiment de la Méditerranée (1er novembre), commandant de la 86e cohorte, puis chef de bataillon au 137e de ligne, il fut tué à la bataille d’Hoyerswerda, le 28 mai 1813.

 

Francoeur, lieutenant au régiment de Tournai, capitaine, le général Thiébault dit de lui dans ses mémoires :

« il était un beau et bon jeune homme, plein d’activité, de vaillance et de gaieté. A l’une de nos sorties du camp de Maubeuge (1793), il eut le coude gauche fracassé par une balle. Portant son bras gauche avec sa main droite, il arriva en chantant à l’hôpital de Maubeuge, où un jeune chirurgien, croyant devoir nettoyer la plaie, passa une heure à lui arracher des esquilles. C’est à ce moment que parût le chirurgien-major, qui, après avoir lavé la tête à son apprenti, annonça à Francoeur qu’il était indispensable de couper sans retard le bras gauche et se disposait à lui attacher le droit : « vous ne me connaissez pas, lui répondit tranquillement Francoeur, « ce bras dont vous voulez m’ôter l’usage vous sera utile », et en effet, il travailla lui-même à son amputation, sans se plaindre, sans sourciller, causant comme s’il n’avait été question d’un autre, et par exemple disant au chirurgien-major « Changez ce bistouri, il déchire et ne coupe pas », en revenant du combat, nous courûmes tous le voir, et comme nous l’aimions beaucoup, nous étions navrés de le trouver amputé. Quant à lui, assis sur son séant, ayant conservé ses couleurs et sa gaieté « pourquoi donc vous affliger ? », nous dit-il en riant. « N’avoir qu’un bras n’est pas un si grand malheur ! Quand je ferai la cour à une femme, j’aurais l’air avec mon moignon d’un pigeon qui bat de l’aile ». Cette résignation, ce courage, ne furent pas un moment interrompus, mais au bout de huit jours, le tétanos se déclara et Francoeur mourut »[4].

 

Etienne Gottmann, frère de Jean-Charles dont la fiche suit, le général Thiébault dans ses mémoires raconte :

« par suite de l’amalgame des bataillons d’origine belge avait été incorporé dans le 1er des cinq bataillons de tirailleurs, reçut au commencement de la bataille du 3 prairial, pendant la campagne de Pichegru, en 1794, un coup de biscaïen dans le côté gauche. Malgré le sang qu’il perdait et les souffrances que chaque pas renouvelait, on ne put obtenir de lui qu’il quittât le champ de bataille, quand on le pressait de se faire au moins panser, il répondait « l’ennemi en retraite suffit pour guérir ma blessure », sept heures après qu’il avait été blessé, on lui annonça la mort d’un capitaine du même bataillon auquel un boulet venait d’emporter la tête : « voilà comment je voudrais mourir » s’écrit-il, et son exclamation à peine proférée, il se trouva avoir subi le même genre de mort »[5].

 

Jean-Charles Gottmann, originaire de Niederkorn dans le Luxembourg, né le 21 juin 1762, volontaire, sergent, adjudant au régiment de Tournai pendant la Révolution brabançonne, capitaine aide de camp à l’état-major général (17 juin 1790), commandant du « régiment de Tournai » nouvellement reformé (1793), commandant à Porto-Longone dans l’île d’Elbe lorsque Napoléon y fut envoyé en exil (1814). Son fils servait dans le régiment de Tournai comme lieutenant, frère du précédent.

Jardiny, quartier-maître trésorier au régiment de Tournai.

Alexandre-Honoré Machemin, né à Bordeaux, en 1773, entra au service comme aide de camp du général Canolle (17 octobre 1792),  lieutenant au régiment de Tournai (25 février 1793), passa ensuite au 24e bataillon de chasseurs, puis au 4e bataillon de tirailleurs, brave et bon officier, criblé de blessures au passage du Wahal après avoir combattu plusieurs heures, deux fois blessé, estropié par une troisième blessure, il fut réformé pour infirmité bon seulement pour le service des places. Capitaine adjudant de place, retraité en 1830, chevalier de Saint-Louis.

Maillet, capitaine au régiment de Tournai.

Montcherout, lieutenant au régiment de Tournai.

 

Thiébault, capitaine à la suite du régiment de Tournai, futur général et auteur de mémoires. Il raconte :

« Le général O’Moran avait reçu l’ordre de lever à Tournai un régiment d’infanterie dont le commandement fut donné à Jean-Charles Gottmann, homme fort beau, mais plus propre à figurer dans un club qu’à la tête d’un corps de troupes. Aussitôt que la réunion eût été effectué, Gottmann vint en personne à Paris afin d’obtenir que son corps fut légalement reconnu et constitué par le gouvernement, que ce bataillon fût considéré comme un corps français et que tous les officiers reçussent un brevet confirmant les nominations provisoires faites par le général O’Moran. Actif, hardi, grand parleur, bientôt reçu aux Jacobins et appuyé par eux comme président du club de Tournai, frappant à toutes les portes, employant tous les moyens, Gottmann réussit complètement. Pour ne rien compromettre, il commença par se faire délivrer des brevets et pour lui et pour ses officiers, et ce ne fut qu’après avoir assuré de cette sorte la position de son cadre et la sienne, qu’il sollicita avec un égal succès que le premier bataillon de Tournai devînt corps français comme le 24e bataillon de chasseurs. De retour à Lille, le 22, j’en partis le 24 pour Landrecies, où mon bataillon de Tournai, devenu, ainsi que je l’ai dis 24e bataillon d’infanterie légère, se trouvait en garnison avec je ne sais quel bataillon de la ligne, mais ce qu’il y avait de bizarre, c’est que les commandants de ces corps, tous deux chefs de bataillon, et le nôtre sous le titre de lieutenant-colonel, se trouvaient là sous les ordres d’un simple capitaine, commandant la place. Ce capitaine au surplus, homme de près de six pieds, fort à proportion et de la plus belle figure, était Hulin, sergent aux gardes françaises, le 12 juillet 1789 et l’un des vainqueurs de la Bastille le 14, nommé immédiatement après, par Louis XVI, officier, pour ce fait d’armes qui n’en fut pas un. Prédestiné à servir toute sa vie, à ne quitter jamais l’armée active, à prendre part à nos plus brillantes campagnes, et pourtant à ne jamais faire la guerre, il arriva sous Napoléon aux premiers grades, honneurs et dignités. Je dois des éloges à la manière dont Gottmann, improvisé militaire, chef de bataillon et commandant de corps, avait réglé tout ce qui tenait à l’instruction et au service, indépendamment du service de la place qui ne le regardait pas. Ainsi, à 5 heures du matin, manœuvres, après, exercice de détail, auquel un seul capitaine assistait. Dix heures, déjeuner des officiers qui mangeaient tous à la même table, à midi, visite des quartiers et des hommes du bataillon qui se trouvaient à l’hôpital, après dîner, théorie, et trois fois par semaine la théorie terminée, promenade à cheval aux environs de la place, pour étudier le terrain sur lequel on pouvait avoir à combattre et pour bien connaître surtout la forêt de Mormale, qui sépare Landrecies de Quesnoy. Aussi ce bataillon, ne tarda-t-il pas à être non moins remarquable par sa tenue, sa discipline, son instruction, que par sa composition. Quant aux soldats, ils étaient ce que seront toujours des Belges bien commandés, c’est-à-dire des hommes ayant avec l’élan des Français une ténacité, une énergie qu’en masse nous n’avons pas, c’est-à-dire des soldats ne le cédant à aucun soldat du monde. Quant aux officiers, quatre surtout étaient des hommes d’une trempe vraiment extraordinaire, ils sont morts tous de mort violente, sans avoir proféré une plainte, sans avoir donné un signe de faiblesse »[6].

 

Charles Sacqueleu, né à Tournai le 23 janvier 1769, fit la révolution brabançonne, capitaine dans une compagnie franche (mai 1792), au régiment de Tournai (23 février 1793), bon officier dans son grade, passa au 24e bataillon de chasseurs, passa au 3e bataillon de tirailleurs (1794), blessé dans une sortie au siège de Maubeuge d’une balle qui lui cassa son sabre contre la tête et lui tordit le poignet, puis à Mouscron d’une balle qui lui fracassa le haut-col (28 avril), servit à l’armée du Rhin, en Vendée et en Italie, fit l’expédition d’Irlande, aide de camp du général Watrin (avril 1796), fit la première expédition de Saint-Domingue et fut nommé  adjudant-général chef de bataillon par le général Hédouville, agent du Directoire dans la colonie (1798), Thiébault dit de lui que s’il avait l’étoffe d’un bon chef de compagnie, bien qu’il fut très brave, il n’avait pas les capacités d’un chef de bataillon. Il rentra en France, servit à la bataille de la Trebbie (19 juin 1799), où il eut son cheval tué sous lui, nommé adjudant-général chef de brigade sur le champ de bataille par le général en chef Macdonald, il servit à la bataille de Novi (15 août), où il perdit encore son cheval, puis à Reggio, Madère, Castellamare, Gênes, Porto-Ferrajo (île d’Elbe), s’embarqua pour Saint-Domingue (février 1802), succomba de la fièvre jaune, le 11 mai 1803, alors qu’il était gouverneur militaire de Cayes.

Schmidt, adjudant-major au régiment de Tournai.

Article de Laurent B.

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[1] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 519.

[2] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 523.

[3] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 521.

[4] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 523.

[5] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 522.

[6] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 520 et 521.

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