Pays-Bas

Le général Daendels

C’est dans la suite de mon mémoire de Master II sur les levées d’hommes dans le district de Pont-de-Vaux, désertions et résistances (1791-1795), qu’après avoir établi après deux ans de recherches un état des lieux complet des bataillons de l’Ain, que je me suis lancé après septembre 2010, dans le rassemblement d’informations sur toutes les unités des armées de la Révolution Française, et en particulier des bataillons de volontaires et de réquisitions (1791-1793). Le présent travail très incomplet, s’intéresse aux levées qui eurent lieues dans les Pays-Bas, en Hollande en « Batavie ». Depuis le commencement de la guerre d’indépendance d’Amérique, et l’intervention de la France, les Pays-Bas s’étaient retrouvés dans une situation délicate, bientôt entraînés dans une guerre contre l’Angleterre (1778). Cette guerre bien que gagnée par les « insurgents » avec l’aide puissante de la France, fut plutôt défavorable aux Provinces-Unies. La puissance navale et militaire des Hollandais était déjà une histoire ancienne, les Pays-Bas connaissaient un long déclin et se trouvaient coincés éternellement dans les conflits endémiques entre la France et l’Angleterre. Naturellement enclins aux idées de progrès, eut égard à leur histoire, aux combats difficiles qui avaient été menés pour obtenir leur liberté contre les Espagnols et les Habsbourg, les Provinces Unies furent après la Corse, le premier pays où les idéaux des lumières déclenchèrent une Révolution, dénommée devant l’histoire « Batave ».

Très rapidement, le pouvoir du stathouder Guillaume V d’Orange (1748-1806) fut contesté par des patriotes aspirants aux idées nouvelles. Elles s’étaient répandues dans la classe moyenne, notamment des commerçants et bourgeois, souhaitant se débarrasser du pouvoir autoritaire du stathouder pour fonder une République. Une première Révolution se profila donc (1780-1783), puis une seconde (1785-1787), qui chassa Guillaume d’Orange de son trône. Ce prince anglophile s’était en effet trouvé en opposition complète avec l’opinion publique, lors de l’éclatement de la guerre contre l’Angleterre. Partisan des Anglais, il avait souhaité la défaite des insurgés américains et de la France. Sortis affaiblis par la guerre (1783), la France ayant signé un traité de paix séparée avec l’Angleterre (3 septembre), les Pays-Bas se trouvèrent confrontés à la menace d’une autre guerre contre les Habsbourg (1784), revendiquant des territoires néerlandais dans les Flandres et une libre navigation sur l’Escaut. A cette époque, les Autrichiens contrôlaient en effet les Pays-Bas dit « autrichiens », l’équivalent de la Belgique actuelle. Ces revendications provoquèrent un début de crise internationale, pouvant dériver en conflit plus grave, impliquant de nouveau la France et l’Angleterre. Cette guerre larvée, dénommée « guerre de la Marmite », s’acheva toutefois par des concessions mutuelles et un traité signé en France (traité de Fontainebleau, 8 novembre 1785). Les Pays-Bas cédaient aux Habsbourg quelques territoires, et une compensation financière conséquente de 9,5 millions de florins.

Les conséquences furent assez profondes, notamment un rapprochement et une alliance défensive entre les Provinces Unies et la France, et la domination du parti des démocrates en opposition à celui de Guillaume d’Orange. La Révolution était alors inévitable. Depuis quelques temps déjà, les patriotes néerlandais s’agitaient, Guillaume d’Orange jugea préférable de s’installer en Gueldre, puis fut empêché de se rendre à La Haye, la famille royale fut arrêtée et renvoyée dans son exil provincial. Cet événement fut un choc d’importance, car l’épouse du stathouder n’était autre que Wilhelmine de Prusse (1751-1820), nièce du Grand Frédéric, et sœur du roi de Prusse Frédéric-Guillaume II. Elle en appela aussitôt à ses augustes parents pour mâter les mutins et les révoltés. La réponse militaire fut prompte, les troupes prussiennes déferlèrent sur les Pays-Bas (13 septembre 1787), et rétablirent dans son plein pouvoir le stathouder Guillaume V. Les patriotes vaincus se réfugièrent massivement en France, et devaient former bientôt une importante force politique, avec leurs voisins belges sous peu également en Révolution (1790-1791), fournissant de nombreux volontaires à la France dans les guerres révolutionnaires (à partir de 1792). Le couple devait même marier leur fille Frédérique d’Orange au fils du tristement fameux duc de Brunswick (1790), qui écrivit plus tard le Manifeste de Brunswick menaçant Paris d’une exécution militaire, si la famille royale devait se trouver en danger (août 1792). Les patriotes bataves furent bien accueillis en France, bientôt à l’avant-garde du combat révolutionnaire, et des armées françaises. Ils participèrent nombreux à l’aventure des guerres révolutionnaires, la France devait bientôt envahir la Belgique, puis les Pays-Bas (octobre 1792-février 1793), puis refluer devant les coups des coalisés (Neerwinden, mars 1793.

La Convention nationale déclara la guerre aux Provinces Unis en même temps qu’à Angleterre (février 1793). Après une série de défaites, les armées républicaines devaient à leur tour connaître d’importants succès, notamment à Fleurus (juin 1794), conduisant bientôt à l’invasion des Pays-Bas (hiver 1794-1795). Les Français s’emparèrent d’une partie de la flotte néerlandaise bloquée dans les glaces du Texel, et les patriotes locaux chassèrent pour toujours le Stathouder. Ce dernier prit la fuite et se réfugia en Angleterre (janvier 1795), où il devait mourir dix ans plus tard. Les Provinces Unies se transformèrent en République Batave (19 janvier 1795), se dotant d’une Assemblée nationale batave (1796). Elle devait connaître les aléas des tribulations et événements politiques en France, et tomber au fil du temps sous la houlette complète des Français. Napoléon transforma la République de Batave moribonde en royaume de Hollande (1806-1810), et confia la couronne à son frère Louis, souverain sans talent et passablement transparent. L’Empereur devait décider l’annexion pure et simple du royaume de Hollande (1810-1813), se terminant dans la défaite et le retour d’un Orange aux Pays-Bas, Guillaume-Frédéric d’Orange-Nassau. L’exilé d’Angleterre retrouva sa couronne de prince-souverain des Pays-Bas (1813-1815), puis hérita de celle du royaume des Pays-Bas, que les Anglais grossirent de l’ensemble des anciens Pays-Bas autrichiens (1815). Cette entité ingérable devait bientôt imploser d’elle-même par la Révolution belge, petite sœur de celle des Français, éclatant en septembre 1830. La France souhaitant éviter une guerre, accepta un compromis de l’Angleterre, à savoir la création d’un royaume de Belgique ayant comme prince un souverain allemand, supportée par la Grande-Bretagne.

Jusqu’à ce jour, à mon connaissance, aucune étude générale des volontaires néerlandais, désignés à l’époque comme « Hollandais » ou « Bataves » n’existe. Le présent travail reste donc une petite et modeste esquisse, qui ne demande dans le futur que d’amples et nécessaires recherches en archives.

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Unités bataves levées sous la Révolution :

Levée de 1792 :

Légion franche étrangère, ou Légion Batave formée à partir de juillet 1792, composée de quatre bataillons,

Levée de 1793-1794 :

Légion des tirailleurs nationaux bataves, formée à partir de mars 1793, finalement composée que d’un unique bataillon.

Autres unités :

Dragons bataves.

Les unités qui furent levées par la suite (après 1795), le furent au nom de la République batave et ceci est alors… une autre histoire !

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Article de Laurent Brayard

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