Légion Germanique

Légion Germanique

Légion Germanique ou Légion des Germains ou Légion de la Fraternité ou encore Légion Prussienne :

Date de formation : 4 et 5 septembre 1792.

Formation :

Selon Belhomme, elle fut formée par le décret du 5 septembre 17921, et composée des trois armes. Elle devait comprendre 1 000 hommes à cheval et 2 000 à pied, comprenant 4 escadrons de cuirassiers légers, 4 escadrons de piqueurs à cheval, 2 bataillons de chasseurs, 1 bataillon d’arquebusiers, 1 compagnie d’artillerie. L’infanterie devait se constituer de deux bataillons de chasseurs et d’un bataillon d’arquebusiers ayant chacun 4 compagnies de 120 hommes. L’engagement était prévue pour 3 ans, payé 100 livres. Un grand nombre des gardes Suisses s’enrôla dans cette légion. Didier Davin précise que le décret prévoyait en fait la formation de 4 escadrons de cuirassiers légers, de 4 escadrons de piqueurs à cheval, de deux bataillons de chasseurs à pied et d’un bataillon d’arquebusiers, chaque bataillon comprenant 4 compagnies de 120 hommes et une compagnie d’artillerie. La légion devait donc comprendre un effectif de près de 3 000 hommes dont 1 000 à cheval. L’article 4 précisait en outre que les divers corps de la Légion des Germains furent assimilés pour les cuirassiers légers à la cavalerie, pour les piqueurs à cheval aux dragons, pour les chasseurs à pied aux bataillons d’infanterie légère. Parmi les membres fondateurs de la Légion se trouvaient les Prussiens Anacharsis Cloots, Dambach et Van Hayden, les autrichiens Saiffert et Schwartz, l’alsacien Schauenbourg.

Dans ses rangs figurent quelques célébrités, comme le futur héros républicain, le général Marceau, engagé comme lieutenant dans les cuirassiers légers (septembre 1792), ou encore Augereau futur maréchal de France, engagé comme adjudant-major. Nous l’avons dit, il y avait également beaucoup de Suisses, et d’anciens gardes suisses ou soldats des régiments suisses licenciés. Sandoz est l’un de ces exemples, il fut lieutenant-colonel du bataillon des arquebusiers et bientôt général. Mais il y eut également dans ses rangs, des Italiens, des Polonais, des Belges et quelques Français. La Légion avait son chant de guerre en allemand :

« O Brüder, Teusches blut, Oh frère de sang allemand, levez-vous, soyez libre comme les Français ».

La Légion était une unité expérimentale, elle devait utiliser selon les dire de son chef le citoyen Dambach, des armes nouvelles et son invention. Il affirma fièrement que ses cuirassiers légers, fort de 600 hommes pouvaient attaquer et vaincre sans difficulté 3 000 cavaliers ennemis. Dambach prit l’engagement solennel de ce succès. Les fameux cuirassiers étaient munis d’un casque mécanique d’un modèle nouveau et d’armures protégeant le thorax, les bras et les cuisses. Ces nouveaux centaures devaient de plus recevoir chacun une espingole, tandis que l’infanterie devrait recevoir un fusil d’un système inédit mais qui ne furent bien sûr jamais fabriqués.

Légion Germanique 1

Historique :

1792 :

En décembre, la légion était en formation à Fontainebleau. Malgré le nombre important de déserteurs, sa tenue était si rutilante qu’elle fut surnommée la belle Légion Germanique. Elle servit par petits détachements à escorter les convois de vivre vers la capitale et joua un rôle d’appoint de la Gendarmerie autour de Paris. Elle fut ensuite envoyée à l’Armée du Nord et en deux colonnes gagna Givet et Philippeville. Dambach était resté à Paris et tenta de trouver de nouveaux équipements. Toutefois, les autorités militaires lui accordait que peu de confiance et craignait qu’elle se trouva confrontée au combat avec ses compatriotes. Elle fut donc bien vite retirée de cette armée.

1793 :

Le 24 février, un détachement de la Légion était parti de la Flèche pour arriver à Sedan le 18 mars2. Il fut décidé d’envoyer la légion à l’Armée des Pyrénées, mais l’insurrection vendéenne changea sa destination finale, c’est en Vendée qu’elle fut envoyée. Elle partit de Chalon (17-19 avril) et arriva à Tours tardivement (3 et 5 mai). Elle reçut à Tours un drapeau et elle se rebaptisa Légion de la Fraternité. Desormeaux précise que lors de son arrivée en Vendée, elle comprenait un effectif de 2 599 hommes.

La Convention passa un décret en date du 4 mai à son attention :

« Art I, les citoyens Julien de Toulouse et Bourbotte représentants de la Nation envoyés à Orléans, se rendront sur le champ à Tours, s’ils n’y sont pas déjà arrivés, et sont chargés : 1) de prendre des renseignements sur la formation de la Légion Germanique, sur sa composition et sur les hommes des différentes nations qui la composent, tant officiers que soldats. 2) de prendre les renseignements les plus précis sur l’emploi des sommes fournies par la République pour l’enrôlement, équipement, armement et solde de cette légion, et de vérifier toutes les plaintes faites à cet égard. 3) De mettre sur le champ en état d’arrestation si fait n’a été, les chefs, officiers, sous-officiers ou soldats qui seroient prévenus d’incivisme ou de dispositions contre-révolutionnaires. 4) de vérifier les faits d’incivisme, contre-révolutionnaires, ou actes d’autorité arbitraire qui sont parvenus ou parviendront à leur connoissance, et de se transporter tant pour cet objet que pour le surplus de l’exécution des dispositions du présent décret, dans tous lieux où ils jugeront leur présence nécessaire […] Art II, les représentants ci-dessus nommés auront au surplus les mêmes pouvoirs que les autres représentants envoyés aux armées »3.

Son État-major était en proie aux plus grandes rivalités, Dambach et ses officiers furent arrêtés sur dénonciations de crimes contre-révolutionnaires et également par le fait que plusieurs de ses soldats avaient crié « Vive le Roi ! ». Les représentants Julien et Bourbotte les firent arrêter, mais ils furent relâchés suite à une pétition remise à la Convention et à une enquête. L’état-major de la Légion fut toutefois remanié et des Français furent admis parmi les officiers pour en assurer un meilleur contrôle. L’unité restait toutefois peu cohérente et dut affronter les insurgés vendéens dans les rangs de l’Armée de Côtes de la Rochelle. Voici une lettre des représentants Bourbotte et Carra, commissaires de la Convention à l’Armée des Côtes de Brest, par laquelle ils annonçaient qu’ils avaient destitué et remplacé provisoirement les chefs de la Légion Germanique ; et que malgré un ordre venu du ministère de la guerre qui envoyait cette légion à Brest, ils l’ont fait partir pour le Maine-et-Loire où sa présence était rendue nécessaire par les progrès des rebelles :


«
Tours, 5 mai 1793, l’an II de la République française. Citoyens nos collègues, les désordres qui régnaient dans la légion germanique, les plaintes que nous avons reçues de toutes parts contre les chefs de cette légion, l’incivisme bien démontré de ces chefs et leur audace à méconnaître les réquisitions et les ordres des commissaires de la Convention nationale, nous ont forcés, en arrivant à Tours, de suspendre le colonel en chef de cette légion et de faire mettre en état d’arrestation les nommés Heyden, colonel en second de cette légion, Heindel, lieutenant-colonel de la cavalerie, Ouil, également lieutenant-colonel de la cavalerie, Schouars, quartier-maître général de ladite légion, Schombourg, commissaire général des vivres, Deuzeler, adjudant-général et Ninet, aide-de-camp du colonel en chef Dambach. Et comme il n’y a point de temps à perdre pour faire marcher la légion germanique et en tirer parti contre les brigands qui font journellement des progrès dans le Maine-et-Loire, nous avons nommé sur-le-champ provisoirement, pour colonel en chef, le lieutenant-colonel d’infanterie Burac. Le reste du nouvel état-major sera organisé à Saumur lors de son arrivée dans cette ville ».

Le 27 mai, elle perdit le chef de brigade Beffroy qui était colonel en second des piqueurs à cheval. Il tomba près de Doué dans une embuscade. Fin mai, deux détachements furent envoyés à Brest. Les « redoutables » cuirassiers légers combattirent à Saumur les 9 et 10 juin où ils furent décimés, le général Coustard pour se dégager du feu d’une batterie d’artillerie vendéenne, les fit charger. « Où nous envoyez-vous ? » demanda le capitaine Van Vessen… « A la mort, le salut de la République l’exige ! » lui répondit le général Coustard. Ce fut une véritable hécatombe, malgré la surprise de leur équipement cuirassé sur les Vendéens. Un brigand témoigna : « il est venu sur nous des cuirassiers de Paris, moulés depuis la gorge jusqu’au cercle de la culotte et qui avaient un bonnet sur le casque qui couvraient leur tête jusque sur leurs épaules et tout garnis en fer derrière et devant ». Les Vendéens remis de leur première surprise visèrent le visage ou le cheval et décimèrent les cavaliers cuirassiers de la Légion. Suite à cette défaite retentissante, la plus grande partie de la Légion déserta et passa aux rebelles avec armes et bagages. Ils formèrent les excellentes compagnies allemandes permanentes organisées dans l’Armée Catholique Royale. Les hommes désertèrent après avoir pillé la caisse du payeur… Toutefois, ces restes furent encore signalés dans la division de Niort, Armée des Côtes de la Rochelle, où se trouvait fin un détachement dits des dragons de la Fraternité, fort de 78 hommes, issus de la Légion Germanique (fin juin)4.

Elle fut dissoute le 23 juin 1793. Son infanterie entra dans la composition du 22ème bataillon de chasseurs. Sa cavalerie entra dans la composition d’un régiment de chasseurs à cheval formé à Amboise (26 juin). Il devint le 11ème régiment de hussards (28 juillet). Cependant, la légion fut reconstituée en partie sous le nom de Légion de la Fraternité, dès le 27 juin, comprenant un effectif d’environ 1 000 hommes. Elle était commandée par Beffroy, colonel et Burac lieutenant-colonel. Elle se trouvait ainsi avec le général Westermann, lorsqu’il quitta Saint-Maixent le 24 juin au soir avec 2 500 hommes, dont les survivants de la Légion Germanique et 56 chasseurs des Ardennes. Il arriva en pleine nuit à Parthenay, occupé par 6 000 paysans vendéens. La porte de la ville fut défoncée à coups de canon et Westermann comme à son habitude se rua dans la ville, où les paysans tirés brusquement de leur sommeil s’égayèrent dans la nature poursuivis sur trois lieues par les républicains. Les blancs qui avaient pris la ville à l’instigation de Lescure (14 juin), y laissèrent trois canons, une centaine de prisonniers et probablement beaucoup des leurs. Westermann ne déplora que sept hommes tombés durant l’attaque. Ayant menacé d’exécution militaire toute la région, Westermann ne réussit qu’à regrouper les fuyards de la veille dans le village d’Amailloux, sur la commune de Boismé dans les Deux-Sèvres. Il fonça sur ce village qu’il livra aux flammes et dispersa le rassemblement. Il marcha ensuite droit sur le château de Clisson résidence de Lescure, et brûla tout sur son passage, maisons, granges, récoltes et massacra tous ceux qui eurent le malheur de se trouver sur son passage, hommes, femmes ou enfants. Il s’empara du château de Lescure qu’il ravagea de fond en comble, puis brûla également la château de la Durbellières sur la commune de Saint-Aubin-de-Beaupigné résidence de La Rochejaquelein.

Westermann en Vendée

Inconsidérément Westermann s’enfonça droit au cœur du pays et marcha sur Châtillon où siégeait le grand conseil royaliste. L’alarme ameuta déjà 10 000 paysans qui vinrent se masser en avant de Châtillon, sur le coteau dominant le Gué-Gaillard (2 juillet). Westermann se présenta devant la position (3 juillet). La bataille fut confuse, Westermann dut endiguer un début de panique dans ses rangs submergés, mais elle se propagea à son tour dans les rangs des blancs. Ils prirent la fuite suite à un malentendu au-delà du Gué-Gaillard, et au pas de course commencèrent à détaler. Aucun chef ne put les ramener au combat. Le soir avec environ 2 000 hommes, Westermann entra dans Châtillon, s’empara des archives du conseil royaliste, de son imprimerie, de magasins de vivres et de matériaux, de drapeaux et déclara avoir délivré environ 2 000 prisonniers républicains dans ses mémoires. Le danger pour les blancs était mortel, Châtillon était leur capitale. Les chefs rassemblèrent au son du tocsin autant d’hommes qu’ils le purent. Cette fois-ci, les Vendéens revirent à la rescousse en force. Le 4 juillet au soir, 25 000 paysans furent rassemblés à Cholet. Westermann totalement inconscient du danger était allé camper sur la colline de Château-Gaillard, une position qu’il jugeait avantageuse, couverte quasiment sur tous les points. Il fut bientôt attaqué (5 juillet).

Sa confiance fut accentuée par les renforts qu’il avait reçu portant son armée de 6 à 10 000 hommes selon les auteurs. Il fut attaqué et même surpris, en vain Westermann essaya de rallier ses hommes. L’attaque fut rapide, l’approche des troupes vendéennes fut cachée par la nature du terrain et les blés hauts avant moisson. Selon la tradition, les 11ème et 14ème bataillons de la Formation d’Orléans tournèrent dans l’instant les talons. Les restes de sa Légion Germanique furent taillés en pièce et emportés dans la déroute. La position bordée de rivières, de crevasses et pentes vertigineuses devînt un piège mortel. Les bleus furent cernés par l’arrivée des autres forces vendéennes. Un premier bataillon fut entièrement exterminé, les bleus perdirent toute leur artillerie, l’ensemble de leurs bagages, 2 à 4 000 morts selon les sources et environ 3 000 prisonniers. Westermann s’échappa, mais ce fut le tombeau de la Légion Germanique. Cette fois-ci, elle était belle et bien morte !

Légion germanique Vendée

Embrigadement/amalgame :

1ère formation :

Néant.

2e formation :

Les débris de l’infanterie furent versés dans la 13e demi-brigade légère de seconde formation5.

Légion Germanique 3

Uniformes de la légion :

Chasseurs : casque de cuir noirci à renforts de cuivre et à chenille noir, cocarde tricolore, chaînettes de cuivre, bandeau de fausse fourrure, plumet tricolore (bleu céleste en haut, blanc, rouge en bas). Habit vert dragon, avec doublure, retroussis et collet blanc, les revers au carré sont rouges. Les parements bleu céleste à pattes rouges, boutons jaunes, portant la mention « Liberté-Égalité-Légion des Germains », gilet chamois, à double rang de boutons jaunes, culotte chamois, guêtres noires, deux épaulettes blanches à tournante rouge, buffleterie blanche.

Arquebusiers : même casque avec plumet rouge ou tricolore, habit bleu foncé, fermant sur le devant sans revers, doublure et retroussis rouges, collet blanc, parements bleu céleste à pattes rouges, boutons jaunes, gilet bleu foncé, culotte bleu foncé, demi-guêtres noires, deux épaulettes écarlates, giberne noire, buffleterie blanche.

Piqueurs : casque de cuir noirci à renforts cuivre et à chenille noire, cocarde tricolore, plumet noir, habit vert dragon, doublure et retroussis rouges, collet blanc, revers en pointe rouges, parements bleus céleste à pattes rouges, boutons blancs, gilet chamois à un rang de boutons blancs, culotte chamois, bottes de cavalerie légère noires à galon et glands blancs, buffleterie blanche, sabre de cavalerie légère et lance, schabraque de mouton blanc feston vert ? ou de drap vert passepoilé de rouge pour Job.

Cuirassiers légers d’après le projet de Dambach : Nous ici dans la reconstitution intellectuelle avec les quelques éléments dont nous disposons. Nous pensons que Dambach s’est inspiré des carabiniers de Schauenbourg Lippe mais ceci n’est qu’une hypothèse. Cuirasse articulée formée d’une soubreveste (plastron) de buffle recouverte d’une cuirasse sur laquelle se fixe épaulière qui protègent le haut des bras et casque à jugulaires, écailles métalliques sur la nuque. Culotte de peau et bottes de cavalerie, le tromblon prévu était une arme redoutable pouvant cracher une douzaine de balles en même temps mais à très courte distance d’où son utilité dans les abordages de marine. Certains cuirassiers autrichiens en étaient dotés vers 1760. Mais les cuirassiers légers de la Légion n’en furent jamais dotés.

Légion germanique 2

Les sources : A. Chuquet, la Légion Germanique 1904, Journal militaire de 1792 et 1793. Lienhart de Humbert, Jacques Godechot La Grande Nation, 1956, E. Fieffe, Histoire des troupes étrangères au service de la France, Georges Six, Dictionnaire biographique des généraux.

Dambach

Colonel

Légion Germanique

Colonel en second

Sandoz

Lieutenant-colonel

Arquebusiers

Beffroy

Lieutenant-colonel en second

Piqueurs à cheval

Adjudant-général

Adjudant

Quartier-maître trésorier

5 aides

Chirurgien-major en chef

6 chirurgiens-majors

6 aides

1 aumônier protestant

1 aumônier catholique

1 Tambour-major

1 Cor de chasse-major

12 musiciens

Chaillou

Colonel ?

Cuirassiers légers ?

Van Vessem

Capitaine

Cuirassiers légers

Malaquin

Capitaine

Idem

Augereau

Adjudant-major

?

Marceau

Lieutenant

?

Chambon

Lieutenant

?

cartouche de licenciement de la Légion germanique

Portraits :

François Chambon, né à La Celle, dans le Puy-de-Dôme, en 1744. Dragon au régiment de Languedoc (1771), maréchal des logis (1783), congédié (1790). Maréchal des logis aux Invalides, il s’engagea dans la Garde Nationale Parisienne, puis s’occupa de recrutement et passa lieutenant à la Légion Germanique (4 septembre 1792). Capitaine au 8ème régiment de hussards (24 novembre), il servait à l’Armée des Côtes de La Rochelle (mai 1793). Il s’illustra à la Chinon et Saumur avec son régiment (juin), puis contribua à la reprise de Doué (5 août). Il s’empara et incendia le château de Langrenière, puis il fut nommé général de brigade à l’Armée des Côtes de la Rochelle (30 septembre). Il fut tué au combat de Châtillon ou du Moulin aux Chèvres, le 9 octobre 1793.

Anacharsis Cloots, de son vrai nom Jean-Baptiste baron de Cloots, né le 24 juin 1755, près de Clèves. Originaire d’une famille noble prussienne d’origines hollandaises, il hérita d’une importante fortune et se montra précocement ouvert aux idées des lumières, et favorable à la France. Alors que la Révolution commençait en France, il s’installa à Paris (fin 1789), changeant son prénom pour Anacharsis, se proclama lui-même L’orateur du genre humain, il se mêla aux différentes personnalités de la Révolution, fréquenta les clubs, publiant bientôt son propre journal, L’Orateur universel (1792). Faisant beaucoup de bruits, il fut proclamé citoyen français par l’Assemblée nationale (26 août), connaissant alors son heure de gloire, bientôt élu député de l’Oise à la Convention nationale, il fit l’apologie des massacres de septembre. Il ne tarda pas à se rapprocher des montagnards, après avoir d’abord fréquenté les girondins, partisan de la mort du roi Louis XVI, qu’il vota sans appel au peuple et sans sursis. Il s’opposa à la la mise en accusation de Marat, puis fut même président du club des Jacobins. Cependant, il déplaisait à Robespierre, pour son athéisme, qu’il dérangeait aussi pour son rêve d’une République universelle, dans la ligne guerrière des anciens girondins. Il fut exclu de la Convention nationale, comme étranger (26 décembre 1793), et il n’eut que peu de temps pour réagir à sa disgrâce. Bientôt arrêté (28 décembre), il fut jeté en prison et traduit devant le Tribunal révolutionnaire en même temps que les hébertistes et les enragés. Il monta à la guillotine en leur compagnie, et fut guillotiné le dernier de la fournée, assistant à la mort de ses compagnons (24 mars 1794). Il avait été l’un des promoteurs et fondateur de la Légion Germanique.

Louis-Paul de Beffroy, né à Germont dans les Ardennes en 1737. Page de la chambre du Roi (1747), lieutenant (1753), il servit durant la guerre de Sept Ans en Allemagne (1757-1763). Aide-major (1770), capitaine (1771), il servit dans le 2e régiment de dragons ci-devant Condé (1783). Colonel en second du 2ème piqueurs à cheval de la Légion Germanique (4 septembre 1792), chef de brigade de la Légion de la Fraternité (4 mai 1793), servant à l’Armée des Côtes de la Rochelle, il fut blessé à la bataille de Doué (27 mai). Nommé général de brigade (14 juin), il prit la place de Tuncq après la défaite de Chantonnay (8 septembre), comme commandant la division de Luçon. Il se replia suivant les ordres de Rossignol, mais il fut suspendu de ses fonctions (dès le 30 septembre), et cessa ses fonctions (11 octobre). Relevé de sa suspension, il fut mis à la retraite (17 novembre 1794). Il mourut à Stenay, dans les Ardennes, en août 1802.

Pierre baron Ismert, né à Tetting en Moselle, le 30 mai 1768. Soldat au régiment suisse de Salis-Samade (1783). Il entra dans la Garde nationale soldée de Paris (septembre 1789). Lieutenant de cuirassiers à la légion Germanique (septembre 1792), il servit sous Dumouriez en 1792 et 1793. Nommé capitaine dans la légion, il passa en Vendée (novembre 1793). Blessé au visage à la bataille de Challans (3 juin 1794). Il passa au 11ème hussards (6 juillet 1795). Il servit ensuite à l’armée du Rhin en 1796 et 1797, puis à l’armée d’Helvétie en 1798. En 1799, il était à l’armée d’Italie sous Schérer et il fut blessé de deux coups de feu à Pastrengo (26 mars 1799). Nommé chef d’escadrons, le 19 juillet, il fut employé à l’armée de Réserve (mai 1800), puis servit à la Chiusella (26 mai). Il se signala dans un combat près de la route de Plaisance à Parme (8 juin), puis à la bataille de Marengo. Passé au 2ème régiment de carabiniers (août 1801). Il s’illustra ensuite à Ulm, à Austerlitz, Iéna et Eylau. Colonel (8 mai 1807), du 2ème régiment de dragons, il servit ensuite en Espagne de 1808 à 1813, brigade Perreimond, division La Tour-Maubourg. Officier de la Légion d’honneur (4 octobre 1808), baron de l’Empire, il se signala à Uclès et à la tête de son corps à la bataille de Medellin (28 mars). Blessé d’un éclat d’obus au pied droit à Talavera de la Reina (28 juillet 1809). Il obtint une dotation de 4 000 francs, combattit à Santi-Petri (5 mars 1811), à Villamartin (21 mars), puis à l’armée d’Andalousie contre Ballesteros (septembre). Il vint au secours des troupes assiégeant Tarifa au début de janvier 1812. Nommé général de brigade (8 février 1813). Il servit ensuite à Vittoria et commanda la 1ère brigade de la 2ème division de cavalerie de Trelliard, armée des Pyrénées (juillet). Rappelé en renfort en France, il fut fait chevalier de la Couronne de Fer (28 novembre), puis servit au combat de Mormant (17 février 1814), division Roussel d’Hurbal, puis à Bar-sur-Aube (27 février). Commandant le département des Landes (25 mai), il fut nommé chevalier de Saint-Louis. Il fut appelé à Paris au retour de l’Empereur, quitta son commandement (5 avril 1815) et fut replacé dans le commandement du département des Landes. Il fut envoyé à Bayonne, puis rentra dans Mont-de-Marsan et arrêta le préfet Harel (16 juillet). Il fut mis à la retraite en octobre, il cessa ses fonctions (13 février 1816). Il mourut le 29 septembre 1826, à Arengosse dans les Landes.

François-Séverin Marceau-Desgraviers, né à Chartres en mars 1769. Soldat au régiment d’Angoumois (1785). Entra dans la Garde nationale parisienne (juillet 1789). Élu capitaine de la 2ème compagnie du 1er bataillon d’Eure-et-Loir (6 novembre 1791), adjudant-major (1er décembre), lieutenant-colonel en second (25 mars 1792). Il servit au siège de Verdun et porta au roi de Prusse la capitulation de la place (2 septembre). Il passa sur sa demande dans les cuirassiers légers de la légion germanique (4 septembre). Il servit en Vendée, passa capitaine au 19ème régiment de chasseurs à cheval (1er mai 1793). Il sauva le représentant du peuple Bourbotte des rebelles lors du désastre de Saumur (10 juin). La Convention déclara dès le 13 juin qu’il avait bien mérité de la Patrie. Il servit à la division de Luçon sous le général Lecomte et signala à la bataille de Luçon (14 août), puis à celle de Chatonnay (5 septembre). Adjudant-général puis général de brigade (16 octobre) après sa belle conduite à la bataille de la Tremblaye. Il contribua grandement à la victoire de Cholet (17 octobre) puis il fut promu général de division (10 novembre). Il poursuivit les Vendéens sans relâche, combattit à Antrain (18 novembre). Il fut nommé à titre provisoire commandant de l’armée de l’Ouest (27 novembre). Il fut vainqueur à la bataille du Mans (13 décembre), puis à Savenay (23 décembre). Dès le 25 décembre, malade et écœuré par les massacres, il quitta son commandement et obtînt un congé (30 décembre). Il demanda expressément à servir aux frontières et il fut envoyé à l’armée des Ardennes (avril 1794). Il commanda une nouvelle division créée le 8 mai puis passa à l’armée de Sambre et Meuse. Il prit Thuin (10 mai) puis commanda l’avant-garde de l’armée des Ardennes (27 mai). Commandant deux divisions, Mayer et Marceau (juin) il commanda l’extrême droite des forces républicaines à la bataille de Fleurus. Armée de Sambre-et-Meuse, commandant de division, il servit à la bataille de l’Ourthe (2 octobre). Servit au blocus de Mayence sous Michaud (avril 1795). Il assiégea Ehrenbreistein (septembre) et repassa le Rhin. Il se défendit à Neuwied (18 octobre), s’empara des gorges de Stromberg (10 novembre). Accablé par les Autrichiens, cerné, il se fit jour par la force et rejoignit les Français (7 décembre). Il fut encore vainqueur à Soultzbach (17 décembre) et signa un armistice avec le général autrichien Kray (31 décembre). Commanda les trois divisions de l’aile gauche de l’armée de Sambre et Meuse et surveilla le Rhin (août 1796) avec quatre divisions. Il s’empara le 29 juillet du fort de Koenigstein et couvrit la retraite de l’armée, il combattit à Limburg (16 septembre), à Freylingen le 18 et arrêta l’ennemi à Altenkirchen, c’est là le 19 septembre, qu’un chasseur tyrolien le blessa au côté gauche d’une balle. Porté chez le commandant prussien de la ville, il agonisa et mourut à 3 heures du matin, le 21 septembre. Il fut inhumé à Petersberg et honoré par ses ennemis. A l’anniversaire de sa mort, il fut incinéré et ses cendres recueillies et placées dans une urne déposée dans un tombeau en forme de pyramide élevé selon les plans du général Kléber, il était le fils du procureur du bailliage de Chartres.

1er bataillon de chasseurs :

2ème bataillon de chasseurs :

Bataillon d’arquebusiers :

Claude-François-Thomas Sandoz, né au Locle en Suisse, en 1756. Cadet au régiment de Hesse-Philipsthal au service de la Prusse (1770), puis cadet au régiment suisse de Castella au service de la France (1773), sous-lieutenant (1776), lieutenant (1784), capitaine (14 septembre 1792). Lieutenant-colonel du bataillon des arquebusiers de la Légion Germanique (22 septembre), adjudant-général chef de brigade à l’Armée des Côtes de la Rochelle (27 avril 1793). Il se comporta en lâche à la bataille de Luçon (28 juin), et il fut destitué (3 juillet). Mis en état d’arrestation, il fut conduit à Paris et emprisonné la prison de l’Abbaye (11 juillet). Il fut acquitté par le tribunal révolutionnaire (28 août), porté en triomphe au club des Jacobins. Il retrouva son poste et rejoignit l’armée (17 septembre). Ayant eu très chaud et sentant probablement le courage lui manquer, il donna dès le 3 novembre, sa démission pour cause de santé. Il fut toutefois remis en activité et employé au siège de Mayence (décembre 1794-avril 1795), sous les ordres de Kléber, et reçut le grade de général de brigade (13 juin 1795). Employé ensuite à l’Armée de Rhin et Moselle, 11ème division de Reneauld, toujours à Mayence (octobre), il servait à l’avant-garde sous Desaix (30 décembre). Il ne put faire illusion longtemps, il fut suspendu de ses fonctions par le Directoire pour réquisitions illégales, malversations, dilapidations et d’autres griefs (30 décembre). Le 24 janvier 1796, il fut condamné par le Conseil militaire de l’Armée de Rhin et Moselle, à Haguenau, à une peine de trois mois de prison, et à la destitution (17 avril). Il fut autorisé à passer au service de l’Espagne (4 septembre), mais finalement envoyé par Hambourg en mission en Angleterre et dans l’île de Jersey (janvier 1804). Sa trace se perd ensuite dans les méandres du temps…

sehri

Article de Didier Davin et Laurent Brayard, dessins de Didier Davin, iconographie partiellement de Jérôme Croyet et de Didier Davin.

1 Belhomme, Histoire de l’infanterie en France, tomes 4 et 5.

2 Journal Militaire de 1793.

3 Journal Militaire de 1793, p. 298, en ajout de l’article original de Didier Davin.

4 En ajout de l’article initial de Didier Davin, selon Chassin.

5 Champeaux, État militaire de la République française en l’an douze, 4e partie, p. 165.

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