Légion des sans-culottes belges et liégeois (Bruxelles)

armee-francaise-en-belgique

Légion de sans-culottes belges et liégeois (Bruxelles) :

 

Date de formation : décembre 1792

Formation :

Elle fut formée par une proposition au club jacobin de Bruxelles, sur proposition du citoyen Balsa du 18 décembre 1792. Le 21 décembre, un règlement fut voté pour l’organisation de ce corps, « qui devait être le balai des crimes et de leurs fauteurs »[1]. Estienne fut nommé général de la Légion, avec sous ses ordres les capitaines De Beer, Hendrickx, Milcamps, le commissaire-ordonnateur Baret, le quartier-maître Feigneaux, le porte-drapeau Melsnijder. Le drapeau de couleur rouge portait sur un côté les mots : « Tremblez, tyrans, et vous esclaves » et sur l’autre « Qu’un sang impur abreuve nos sillons », en caractères noirs sur listel blanc. Au bout de la hampe, qui était noire, on avait planté un bonnet de la liberté orné d’une cocarde tricolore. Il fut béni solennellement à Sainte-Gudule et au sortir de la cérémonie, les sans-culottes, désireux de marquer ce jour, renversèrent de son piédestal la statue de Charles de Lorraine, sur la place Royale. Moreton approuva la création de cette légion et envoya un louis d’or pour contribuer aux frais du drapeau. On mit à disposition des sans-culottes 200 piques dont la fabrication fut décrétée et le drap rouge des coussins de la salle des Nations.

Elle se composait de patriotes et sans-culottes bruxellois mais aussi de soldats français et belges. Le premier article indiquait :

« Que toutes les troupes de ligne ou gardes nationaux, tant français, belges et liégeois, étaient de droit et de fait unis à la Légion »[2].

 

1793 :

Le dimanche 23 janvier, les sans-culottes après avoir promené dans les rues le buste de Van der Mersch, héros de la révolution brabançonne de 1789, brûlèrent sur la grand’place les portraits de Vandernoot et de Van Eupen, puis remontèrent par l’église Sainte-Gudule où ils renversèrent et brisèrent les statues de marbre, ainsi que quelques petites statues de bronze provenant des bailles de l’ancien palais. Arrivés sur la place royale, ils attachèrent à une corde la statue du duc Charles, y attelèrent deux chevaux qui l’arrachèrent de sa base au milieu d’acclamations frénétiques, elle s’enfonça dans le sol profondément et fut transportée plusieurs jours plus tard dans la cour de la Chancellerie.

Elle vint à la rencontre de Dumouriez faisant grand tapage, qui s’offusqua du tutoiement et indiqua que puisque la plupart de ses membres étaient des militaires français, ces derniers ne devaient pas tutoyer leur général. Elle fit régner dans Bruxelles la terreur, envahissant l’hôtel de ville, imposant ses volontés, arrêtant des citoyens en pleine rue sans ordre. Elle procéda ensuite pendant deux jours à des visites domiciliaires, allant de porte en porte, imposant aux bourgeois et commerçants de verser une obole pour financer son équipement. Elle se livra à des arrestations et des pillages dans des maisons particulières. Le 12 février, s’étant emparés de bière prise à un charretier sur la place Louvain, et passablement éméchés, ils se ruèrent sur les édifices publics et des habitations dans l’intention d’en effacer tous les signes de l’Ancien régime, saccageant les alentours de la grand’place, puis forcèrent les habitants à illuminer leurs maisons pour célébrer la réunion du Hainaut à la France.

L’exaspération des habitants était si grande, que les garçons poissonniers qui avaient reçu en cadeau un bonnet rouge, le renvoyèrent rempli d’ordures, elle inspira bientôt le mépris général. La légion tenta de se racheter en organisant des fêtes et des dîners civiques avec bière et pains farcis, qui ne purent changer l’opinion publique. Pendant trois jours, entre le 6 et le 8 mars, Sainte-Gudule fut en proie aux exactions des sans-culottes du capitaine Hendrickx, ils enfoncèrent les portes, brisèrent les châsses, dispersèrent les ornements des saints, violèrent les tombes, mirent à sac les troncs, s’emparèrent des registres baptismaux, jetèrent les hosties au sol qui furent piétinées. Les hommes affublés de chapes et d’habits religieux, ivres, chantèrent des chansons obscènes et formèrent dans la cathédrale une procession bouffonne. Ils furent dénoncés par les représentants provisoires belges aux commissaires de la République, plaintes qui n’eurent aucun effet.

Mais le 10 mars, Dumouriez étant rentré de Paris, la légion des sans-culottes créée par le général Moreton et les « patriotes » de Bruxelles, fut cassée, le « général » son commandant fut envoyé en prison à la porte de Hal. Le 12 mars, de Bruxelles, Duval écrivait au Ministre de la Guerre à Paris :

« Je vous rends compte, citoyen ministre, de mes opérations relativement aux ordres que le général en chef Dumouriez a donné à son passage à Bruxelles. Leur exécution aura lieu dans l’étendue de mon commandement et comme ils ont pour but de calmer la fermentation qui se manifestait de toutes parts, j’espère que je n’aurai plus à vous rendre compte des mêmes désordres. Je joins ici, des exemplaires des différents ordres et proclamations que le général Dumouriez a fait imprimer, concernant la restitution des effets appartenant aux églises, les mesures contre les rassemblements séditieux, la police des clubs, la suppression de la légion dite des sans-culottes de Bruxelles » [3].

Article de Laurent B.

sehri

[1] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 471.

[2] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 473.

[3] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 494.

Publicités