Légion des Francs du Nord

Légion des Francs du Nord

Légion des Francs du Nord :

Article de Didier Davin

Ouvrage de référence : Revue historique de Paris, 1964, E. Couderc.

Date de formation : 8 septembre 1799.

Préambule :

Depuis 1794, la rive gauche du Rhin était sous occupation militaire française. « Les frontières de la France sont au Rhin » avait dit Carnot. Fallait-il donc l’annexer purement et simplement ? L’occupation française avait apporté à ces territoires une cohérence politique, judiciaire, économique, qu’ils ignoraient auparavant, morcelés en de multiples et minuscules états plus ou moins souverains. Mais elle avait amené aussi son administration tatillonne qui faisait peser ses contraintes sur le pays. La barrière de la langue n’était pas un problème du moment que l’Alsace et la Luxembourg faisaient déjà partie de la République. En 1797, l’idée de la proclamation d’une République sœur faisait son chemin, mais l’annexion de la Belgique amena à envisager le même sort pour les territoires allemands cisrhénans. Cette idée était soutenue par les notables qui à tout prendre préféraient devenir Français que de rester une population occupée. En 1798, le territoire fut donc divisé officieusement en quatre départements, prélude à l’intégration, dont on différait l’annonce pour ménager la Prusse, qui avait des petits fiefs dans la région. Le 8 septembre 1799, les populations de ces départements furent appelés à concourir à la formation d’une Légion des Francs du Nord, mise en décembre sous l’autorité du général Eickemeyer, originaire de Mayence. Cet officier avait gagné son grade de général dans les rangs français durant la Révolution.

Formation :

Cette Légion devait être formée de quatre bataillons d’infanterie, chaque bataillon de 8 compagnies de fusiliers, une de grenadiers et une de chasseurs. Elle devait aussi compter quatre escadrons de chasseurs à cheval et une compagnie d’artillerie légère. Pour encadrer cette Légion, on prit des officiers de toutes origines et on enrôla de fait de nombreux étrangers non Rhénans : Hollandais, Belges, Prussiens, Hongrois etc. Le centre de recrutement fut fixé initialement à Aix la Chapelle. Lorsque Eickemeyer y arriva fin décembre 1799, pour prendre son commandement, il n’y avait de formé que la 1ère compagnie du 1er bataillon, soit 5 officiers 2 sous-officiers et 106 chasseurs, d’où la nécessité de transformer l’unité en précurseur de la Légion étrangère en y enrôlant des déserteurs de toutes nationalités pour combler les effectifs. Les proclamations se succédèrent pour favoriser l’émulation. Dans ses souvenirs, Eickemeyer déclara que le nombre d’engagés atteignit 4 000 en 1801, dont 2 500 présents au corps. Il faut dira qu’avant même sa formation complète, la désertion y faisait des ravages. En nivôse an 8, il était même prévu d’y incorporer un bataillon d’Irlandais. Finalement elle fut formée de soldats de 14 nationalités différentes. En janvier 1800 (11 pluviôse an 8) un arrêté des Consuls prévoyait de transformer la cavalerie en infanterie, et l’artillerie légère en artillerie à pied. Mais en mai 1800 (floréal an 8) il y avait toujours une compagnie de 169 chasseurs à cheval qui s’étaient équipés à leurs frais et qui furent dissous. Il faut dire que la moitié n’avait de toute façon pas de cheval. Les équipements ne valaient guère mieux. Lorsque le 24 avril 1800, la légion reçut l’ordre de marcher de Coblence à Düsseldorf, 380 hommes du dépôt sur 500 n’avaient pas de chaussures, et il y avait un uniforme pour trois hommes que l’on se passait pour monter la garde. Les hommes du 2ème bataillon n’avaient aucun ustensile de cuisine. Une partie de la Légion resta alors à Düsseldorf et Coblence, le reste revint à Mayence et servit à faire le service des douanes le long du Rhin. Occasion pour rançonner les populations locales ; au point que le général Chambarlhac demanda qu’on le débarrasse de l’unité. La Légion fit partie de la 26e demi-brigade de Mayence (avril). En juillet, se trouvaient au dépôt 300 soldats portant encore les uniformes de l’armée impériale autrichienne. Les effectifs étaient alors de 1 200 sous-officiers et soldats. En septembre, la rive gauche du Rhin fut officiellement rattachée à la France.

Uniforme de l’infanterie : chapeau noir, ganse et bouton blanc, cocarde tricolore, habit à la coupe de l’infanterie légère (revers en pointe) de fond vert, collet et parements (en botte) écarlates passepoilés de blanc, pattes d’épaule et revers verts passepoilés de rouge, doublure et retroussis blancs sans ornements, boutons blancs, gilet vert avec petits boutons blancs culotte verte et demi-guêtres noires mais peut être porté aussi un pantalon de route blanc, équipement d’ infanterie, buffleterie noire.

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1er Légion des Francs du Nord :

Formation :

Une loi du Directoire du 8 septembre 1799, autorisa la formation d’une nouvelle Légion, dite Légion des Francs du Nord. Elle fut composée et organisée entre Meuse et Rhin d’après Belhomme. Elle fut composée à 4 bataillons, renforcée par 4 escadrons de cavalerie légère et d’une compagnie d’artillerie.

Un bataillon comptait 10 compagnies de 3 officiers et 123 hommes, dont 1 de grenadiers, 1 de chasseurs et 8 de fusiliers. L’État-major était composé d’un chef de bataillon, d’un adjudant-major, d’un porte-drapeau, d’un chirurgien, d’un adjudant et d’un tambour-maître. L’infanterie était commandée par un chef de brigade avait 1 quartier-maître, 1 chirurgien-major, 1 tambour-major et 3 maîtres-ouvriers.

Historique :

1799 :

La Légion des Francs du Nord fut organisée à Aix-la-Chapelle.

1800 :

Le 31 janvier, les 4 escadrons de cavalerie ne pouvant être formés, il fut décidé par un nouvel arrêté que 4 nouveaux bataillons seraient constitués. Ils furent versés dans une 2ème Légion des Francs du Nord qui fut formé par un arrêté du 15 mars. Le 5 avril, elle faisait partie des troupes de garnison de l’Armée du Rhin. Le 10 septembre, elle reçut l’apport de la 2ème Légion des Francs du Nord qui fut versée dans ses rangs. A la fin de l’année, elle renforça l’aile gauche de l’Armée du Rhin de Moreau, qui repoussa les Autrichiens à Hohenlinden (3 décembre).

1801 :

Au début de l’année, la légion passa à l’armée Gallo-batave d’Augereau. L’annexion de la rive gauche du Rhin fut confirmée par le traité de Lunéville (9 février). Les troupes issues de la région s’incorporeraient donc directement dans des régiments français et la conscription était mise en vigueur. La Légion fut ensuite mise à la disposition de la République batave, à charge pour elle de l’équiper et l’entretenir (15 germinal an 9). Les Bataves l’envoyèrent sur l’île de Walcheren, et elle fut dissoute peu de temps après (25 juin 1801). La Légion fut licenciée et l’infanterie versée dans la 55e demi-brigade de ligne et la 18e demi-brigade légère de seconde formation (18 août). Officiellement, la Légion des Francs du Nord fut supprimée par un arrêté du 26 juin 1801.

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2ème Légion des Francs du Nord :

Date de formation : 15 mars 1800.

Formation :

Elle fut formée par un arrêté du 15 mars 1800, avec quatre bataillons adjoints en janvier à la 1ère Légion des Francs du Nord. Elle devait former un régiment de cavalerie au départ prévu dans l’organisation de la 1ère Légion.

Historique :

1800 :

Le 5 avril, elle faisait partie des troupes de garnison de l’Armée du Rhin. La Légion ne pouvant se recruter et se compléter fut finalement dissoute par un arrêté du 10 septembre et ses hommes furent versés dans les rangs de la 1ère Légion des Francs du Nord.

Portrait :

Ernest-Albert-Henry de Myulis, né à Stuttgart dans le Wurtemberg le 8 mai 1749. Entra au service de la France comme sous-lieutenant au régiment ci-devant Anhalt (avril 1769). Il servit en Corse (1769-1770), lieutenant (1771), démissionnaire (juin), capitaine d’artillerie au service du duc de Wurtemberg, il cessa ses fonctions (mars 1790). Nommé lieutenant-colonel d’artillerie au service des États Belges insurgés (janvier 1790), il fut nommé colonel (5 avril). Général-major et directeur général d’artillerie au service de l’État belge (2 novembre), il cessa ses fonctions lors de l’invasion autrichienne, mais il fut réintégré dans le grade de maréchal de camp par le comité militaire belge (20 novembre). Inspecteur d’artillerie dans les troupes belges (28 novembre), il fut chargé de lever un corps d’artillerie belge qui passa au service de la France (mars 1793), selon un décret de la Convention Nationale qui portait que les citoyens employés dans les troupes de Belgique et du Pays de Liège conserveraient le grade dont ils étaient revêtus au moment de la réunion des légions belges et liégeoises aux armées de la République. Il resta à Bruxelles après le départ des Français (24 mars), et demanda à reprendre du service à leur retour (juillet 1794). Remis en activité comme chef de la Légion des Francs du Nord (18 février 1800), il servit à l’Armée de Batavie (21 avril 1800-27 mars 1801). Adjudant-commandant chef d’État-major de la Légion des Francs du Nord (23 septembre), il fut admis au traitement de réforme comme chef de brigade. Il fut accusé de dilapidations et suspendu de son traitement de réforme à la suite de mésintelligence avec le général Eickemeyer commandant de la Légion. D’après Six1, vivant en décembre 1803, il mourut avant février 1805.

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Article de Didier Davin et Laurent Brayard

1 Georges Six, Dictionnaire des généraux et amiraux de la Révolution et de l’Empire.

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