Belgique

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Ces travaux furent au départ commencés avec l’aide de Didier Davin, pour tenter de résoudre l’écheveau des troupes belges servant dans les armées de la Révolution française. Il fut difficile pendant longtemps de bien comprendre les unités qui furent levées, celles qui portaient en réalité plusieurs noms, ceux utilisés dans les ordres de bataille ou par les auteurs anciens, parfois farfelus ou déformés. Le cheminement compliqué des troupes belges, notamment de l’infanterie, tout comme l’infanterie française par ailleurs, restait un obstacle important pour comprendre quelles unités ou non furent levées, où, quand, par quelles unités déjà formées. Le défi était grand et nous attendions la découverte d’un ouvrage ancien pour tenter de mettre de l’ordre. Ce fut l’ouvrage d’Eugène Cruyplants, officier de carrière de l’armée belge, qui en 1912, fit paraître un énorme ouvrage sur la Belgique sous la domination française (de Dumouriez).

Avec ses plus de 800 pages, son titre ne donnait aucun indice réel sur finalement le cœur de sa thématique, non pas seulement Dumouriez en Belgique, mais surtout les troupes belges et leur formation. Ce militaire de carrière, et c’est bien normal pour un amateur d’histoire, tout autant d’ailleurs souvent que les historiens professionnels, s’égare souvent. Pour quelle raison conserva-t-il un titre qui n’avait plus grand-chose vraiment à voir avec le contenu du livre, c’est ici une grande question. Il s’attarde longuement sur les hommes, mais ne s’intéresse comme c’était alors la mode de son temps, qu’à ceux qui firent une carrière d’officier. Son ouvrage est d’ailleurs bourré de petites biographies, d’abord sobrement présentées jusqu’au moment de l’éclatement de la guerre, Cruyplants revient parfois, trois ou quatre fois sur le même personnage, donnant un peu plus d’informations, répétitions pénibles qui alourdissent grandement le texte. Partant sans s’attarder de la Révolution brabançonne de 1789-1790, il s’attarde ensuite sur les opérations militaires de conquête de la Belgique, sur Jemappes, mais reste vague avant finalement de présenter au cœur du livre, un état des unités belges formées, arme par arme.

Son travail est ici monumental, s’il existe sans doute d’autres ouvrages sur le thème, nous n’avons à ce jour consulté que celui-là, il nous a permis de faire le tri et le ménage dans les listes bancales que nous avions des unités dont nous avions repéré la présence. Grâce à Cruyplants, nous avons pu ordonner tout ceci, faire une liste concrète, écarter des unités doublons, etc. De la fondation initiale d’une demi-douzaine de légions (Légion des Belges et Liégeois, Légion liégeoise, Légion belge, Légion des Flandres etc.), la plupart fondées par le Comité militaire belge de Lille, d’autres unités vinrent s’ajouter après la conquête de la Belgique (novembre 1792), jusqu’à la défaite de Neerwinden, formées par le Comité militaire belge installé cette fois-ci à Bruxelles. L’effectif réel et total de ces unités reste difficile à établir, les pertes et désertions furent nombreuses, notamment par la cause de la défaite de Neerwinden (18 mars 1793), consacrant la retraite et la perte de la Belgique pour une bonne année, et le repli sur la France, dans les forteresses et les places du Nord et Nord-Est.

Les troupes belges qui étaient au service de la France mais non soldées par elle, furent finalement intégrées à l’armée française, un certain nombre des unités belges, pour l’infanterie, formèrent les 17e, 18e, 23e et 24e bataillons de chasseurs, la cavalerie forma les 17e et 18e régiments de chasseurs à cheval, un embryon de 20e de dragons, l’artillerie elle-même forma le 9e régiment d’artillerie à pied, unité jusqu’alors presque inconnue. Ces formations et celles encore existantes furent toutefois finalement versés (pour l’infanterie), dans le mois de janvier 1794, dans la région d’Amiens, dans cinq bataillons de tirailleurs (belges), formés d’ailleurs avec des unités bataves et même un bataillon « bavarois » de soldats déserteurs des armées autrichiennes, prussiennes et allemandes. Il ne restait à cette époque qu’un total d’environ 4 500 fantassins « belges et liégeois », présents, détachés ou aux hôpitaux, dans les armées républicaines. Ces bataillons furent rapidement amalgamés en première formation, dans diverses unités, notamment d’infanterie légère, 8e, 14e, et 30e demi-brigade légère de première formation (parmi d’autres), puis dans des demi-brigades légères de seconde formation (1ère, 15e légère, mais aussi pour la ligne, 25e et 112e parmi d’autres). Les survivants suivirent ensuite le destin des troupes impériales.

Cruyplants estimait à environ 12 000 hommes, l’effort belge dans les premières années des guerres révolutionnaires, pour le service de la France, chiffre très faible, à la hauteur finalement du paradoxe belge, tiraillé entre une France où penchait certaines de ses racines, une influence flamande et néerlandaise où elle tirait d’autres racines, finalement toute l’histoire de la région depuis des siècles. Les premiers patriotes belges, furent pour l’essentiel des hommes qui avaient servi dans les troupes insurgées, contre la domination des Habsbourg. Exilés en France, ils étaient tous condamnés à mort ou risquaient des peines de forteresse dans les prisons autrichiennes, qui faisaient d’eux, depuis 1791, des auxiliaires naturels de la France. Pour revoir leur pays, pour l’arracher des mains des Autrichiens, pour revoir parfois leurs familles, ces hommes n’avaient d’autre choix que de combattre. C’est ainsi que dès la fin de 1791, et le début de la guerre en 1792, le premier contingent étranger à servir avec la France révolutionnaire, fut le contingent belge.

La force initiale, comprenait trois légions principales, Légion des Belges et Liégeois à 6 bataillons, la Légion liégeoise à deux bataillons, une Légion belge à deux bataillons, quelques cavaliers sans chevaux… et artilleurs sans canon. La conquête de la Belgique aurait dû offrir, selon les « rêves » français, une masse supplémentaire de 40 000 hommes, comme l’annonçait Dumouriez. Il ne se présenta probablement que le quart, et parfois comme dans le cas d’unités de sans-culottes, des hommes plus propres à parler haut et fort dans les clubs et les comités, prompt au pillage et aux excès de toutes  les sortes, mais impropres à faire un bon soldat dans la lutte menée par la France. Quel fut vraiment leur nombre total ? Sur le papier, le comité militaire belge de Lille, rassembla environ 5 000 hommes, dont beaucoup d’ailleurs venaient de France, des départements limitrophes à la Belgique, du Luxembourg, ou étaient des déserteurs des armées coalisées. Renforcés par un nombre double d’hommes levés par le comité militaire de Bruxelles avant la défaite de Neerwinden, les reliquats de ces forces, réduits à environ 5 000 hommes au début de 1794, furent versés dans les rangs de l’armée française.

Armée belge et liégeoise

 

Légion des Belges et des Liégeois, six bataillons formés :

1er bataillon de chasseurs, formé le 12 avril 1792,

2e bataillon de chasseurs, formé le 12 avril 1792,

3e bataillon de chasseurs, dit de Gand, formé à une date incertaine (1792-1793),

4e bataillon de chasseurs, formé le 1er mars 1793,

5e bataillon de chasseurs, ou 1er bataillon des chasseurs de Jemappes, formé le 15 novembre 1792,

6e bataillon de chasseurs, ou 2e bataillon des chasseurs de Jemappes, formé le 10 janvier 1793.

Légion belge (Belgique), deux bataillons, un seul réellement formé :

1er bataillon puis 1er régiment belge, formé le 27 avril 1792,

2e bataillon, jamais réellement formé.

Légion liégeoise, deux bataillons formés :

1er bataillon de la légion liégeoise, formé en avril/mai 1792,

2e bataillon de la légion liégeoise, formé en 1792.

Légion de sans-culottes belges et liégeois (Bruxelles) :

1 bataillon, formé en décembre 1792, dissoute en mars 1793.

Légion de sans-culottes (Liège) :

1 bataillon, formé fin 1792, forma ensuite le 1er bataillon liégeois.

Autres unités belges, comité militaire de Bruxelles :

1er bataillon liégeois, ou bataillon de sans-culottes, formé le 6 février 1793,

3e bataillon liégeois, formé en mars 1793,

2e régiment des Belges, formé après novembre 1792,

3e régiment des Belges, formé en janvier 1793,

Régiment de Namur ou 1er bataillon de Namur, formé le 2 janvier 1793,

Régiment de Tournai ou 1er bataillon de Tournai, formé le 21 janvier 1793,

Régiment de Bruges, ou bataillon des chasseurs de Bruges, ou Légion de Flandre, formé le 25 novembre 1792,

Régiment d’Anvers, ou 4e bataillon des chasseurs d’Anvers, formé en mars 1793,

15e bataillon de chasseurs belges, formé dans les premiers jours de janvier 1793,

23e bataillon de chasseurs belges, puis 23e bataillon de chasseurs (français), formé en 1793,

1er bataillon des chasseurs de Gand, puis 17e bataillon de chasseurs (français), formé en décembre 1792,

2e bataillon des chasseurs de Gand, puis 18e bataillon de chasseurs (français), formé le 25 novembre 1792,

1er bataillon du Hainaut, ou bataillon des chasseurs du Hainaut, formé le 15 janvier 1793,

Bataillon Leunckens, ou bataillon de chasseurs belges, formé le 12 février 1793.

Bataillons de tirailleurs (belges) incorporés à l’armée française, formation de Péronne/Amiens :

1er bataillon de tirailleurs, formé en janvier 1794,

2e bataillon de tirailleurs, formé en janvier 1794,

3e bataillon de tirailleurs, formé en janvier 1794,

4e bataillon de tirailleurs, formé en janvier 1794,

5e bataillon de tirailleurs, formé en janvier 1794.

Unités belges plus tardives :

Légion de Police de Bruxelles, formée en 1794,

1er bataillon auxiliaire de Jemappes, formé en 1799.

Cavalerie belge :

Dragons belges ou de Bruxelles, formés le 15 octobre 1792, versés au 18e régiment de chasseurs français,

Dragons du Hainaut ou de Jemappes, formés le 1er mars 1793, versés au 20e régiment de dragons français,

1er régiment de chasseurs à cheval belges ou 1er de chevau-légers belges, formé fin 1792, versé au 18e régiment de chasseurs à cheval français,

2e régiment de chasseurs à cheval belges, formé fin 1792 ou début 1793, versé au 17e régiment de chasseurs à cheval français,

Chevau-légers de West-Flandre (ou de Gand), formé en octobre 1792, versé au 17e régiment de chasseurs à cheval français,

Hussards belges, formés en 1792, versés dans le 10e régiment de hussards français.

Artillerie belge :

1er bataillon d’artillerie, formé en 1792, versé dans le 9e régiment d’artillerie à pied français,

2e bataillon d’artillerie, formé en 1793, versé dans le 9e régiment d’artillerie à pied français,

3e bataillon d’artillerie, formé en 1793, versé dans le 9e régiment d’artillerie à pied français.

1er compagnie de volontaires de l’Ourthe, formée fin 1792, faisant partie d’un des trois bataillons.

Génie belge :

Formé en 1792, ces hommes furent incorporés dans l’armée française.

Levée des Belges et Liégeois :

Avant les troupes belges que Dumouriez leva dans les Pays-Bas autrichiens et l’Evêché de Liège, il y eut des légions belges au service de la République. Les Provinces de Belgique, Pays-Bas autrichiens (avec le Luxembourg) et l’évêché de Liège, alors séparés, avaient fait leur révolution dès 1789 en chassant les Autrichiens pour les premiers, leur évêque pour les seconds. La France, malgré son intérêt, avait laissé les Autrichiens reprendre leur possession en 1790 et l’évêque de Liège revenir grâce à une intervention prussienne en 1791.

Des milliers de patriotes des armées révoltées s’étaient réfugiés dans le Nord de la France. Une fois la guerre déclarée à l’Autriche, ces anciens soldats demandèrent à se mettre au service français pour libérer leur pays. Les Belges formèrent un Comité militaire à Lille. Il fut décidé de lever immédiatement une première Légion dite Légion Belgique dès avril 1792, qui s’organisa à Lille. Elle était alors forte d’environ 1 500 hommes (27 avril). Elle fut suivie d’une Légion liégeoise qui s’organisa à Givet. Les légions devaient comporter 14 compagnies d’infanterie légère, sept de fusiliers et autant de carabiniers, ainsi qu’un demi-régiment de cavalerie légère et d’une compagnie d’artillerie. En juin, ces deux légions se trouvaient à Menin avec Luckner et formèrent un comité des Belges et Liégeois Unis. Luckner se présenta devant Courtrai et avec l’aide des Belges, s’empara de la ville. Hélas, timoré et peu sûr de ses troupes, notamment des volontaires, il dut reculer.

Une troisième Légion fut organisée en août, dite Légion des Belges et Liégeois unis. Le 10 octobre, Lille fut défendu par la Légion Belgique. Le blocus fut levé. Plus tard, les Belges servirent le 6 novembre à la bataille de Jemmapes. Après la prise de Bruxelles, aussitôt les Belges levèrent quelques unités, dans une totale anarchie. Mais le soulèvement général espéré par Dumouriez ne se déclencha pas. Il avait espéré l’afflux de 40 000 Belges, l’accueil resta assez froid, c’était en partie dû au fait qu’ils durent supporter l’entretien des armées, et que la tenue des troupes françaises laissait beaucoup à désirer. Ils pillèrent la Belgique et le pays fut mis à contribution et en coupe réglée, non pas comme un allié, mais comme un pays ennemi occupé. A la prise de Bruxelles, un Comité militaire fut créé dans la ville, en principe, les instructions de la Convention Nationale et du Ministère de la Guerre étaient de lever 25 nouveaux bataillons belges à 800 hommes, en plus de troupes de cavalerie et d’artillerie. Mais la Convention n’envoya pas d’argent, ni armes, ni équipements. Les abus des clubistes locaux et français achevèrent de discréditer la présence française et l’envie des Belges de lutter pour la cause révolutionnaire. Dumouriez tenta toutefois d’organiser une armée belge. En janvier 1793, les trois légions belges faisaient provisoirement partie des armées de la République.

Le Comité de Bruxelles avait Rosières comme président et d’Aubremé comme secrétaire. Rosières fut nommé lieutenant-général, Kermovan maréchal de camp, Lescuyer major-général de la cavalerie[1]. Il s’afféra à fonder de nouvelles unités, théoriquement les légions comptaient déjà 10 bataillons, 6 pour la Légion des Belges et Liégeois, 2 pour la Légion liégeoise, 2 pour la Légion Belgique (créés mais un seul fut opérationnel, le deuxième resta à l’état de cadre). La formation de régiments fut lancé à Anvers, Bruges, Tournai et Namur, tandis que les Liégeois formaient encore deux bataillons, Gand deux autres, le Hainaut un autre. Les résultats furent décevants, beaucoup des unités ne dépassaient pas 300 ou 400 hommes, l’effectif d’un demi-bataillon, là où il aurait dû s’en trouver le double ou le quadruple. Les forces belges participèrent avec les Français à l’expédition de Hollande, mais la défaite de Neerwinden sonna le glas de l’occupation française (18 mars 1793), et la retraite des Français sur les places fortes du Nord et du Nord-Est, bientôt attaquées et assiégés. Les forces belges participèrent à la défense de la France et contribuèrent grandement à repousser la nouvelle invasion coalisée.

La Belgique de nouveau aux mains des Autrichiens, le recrutement fut encore plus difficile. Les unités belges comptaient depuis le départ beaucoup de Français des départements limitrophes de la Belgique, ils demandèrent mais n’obtinrent pas le droit de recruter sur le sol français en prenant dans la levée des 300 000 hommes. Par expédient, il fut fait feu de tout bois, les Belges incorporèrent des déserteurs ou des prisonniers des troupes impériales, sans doute massivement des « Allemands », Serbes/Croates, Tchèques, Polonais etc. A partir du 9 mai, l’organisation des forces belges fut copiée sur celle des Français : demi-brigade d’infanterie et régiments de chasseurs à cheval, la solde fut dès lors assurée par la France. Les effectifs pléthoriques des unités belges, décimées par les campagnes de 1792 et 1793, furent finalement versés entièrement pour ce qui concerne l’infanterie, dans cinq bataillons de tirailleurs belges (Péronne/Amiens, janvier 1794).

Dans une seconde phase offensive menant à la victoire de Fleurus (juin 1794), la Belgique fut reconquise (1794), puis la Hollande conquise (1795), amenant bientôt la paix avec la Prusse. Les Français devaient rester en Belgique jusqu’en 1814, l’invasion des armées coalisées mis fin à présence française dans la région. La Belgique avait été entre temps, découpée en départements, incorporée à la République française, puis à l’Empire français. La conscription donna lieu à des révoltes sanglantes, comme la Vendée belge de 1799, mais beaucoup de Belges servirent avec honneur et bravoure la cause de la France, avant, dans le cadre du Royaume des Pays-Bas fondé par la pression anglaise en 1814, de retrouver les Belges aux côté des Anglais, Prussiens, Allemands, sur le champ de bataille de Waterloo, un 18 juin 1815… contre la France. En 1832, les Belges chassèrent l’occupant hollandais et obtinrent leur indépendance. Des troupes françaises furent envoyées rétablir l’ordre, les Belges proposèrent la couronne du royaume au roi Louis-Philippe 1er pour l’un des membres de sa famille. Il eut l’intelligence de décliner une offre dangereuse, car l’Angleterre, la perfide Albion aurait immanquablement motivée une autre guerre contre la France. C’est donc à l’Angleterre que les Belges demandèrent un roi. Ici commença l’histoire indépendante de la Belgique. Durant les années de la Révolution et de l’Empire, les Belges furent toutefois Français. Ils eurent la malchance ou la chance selon les uns ou les autres, de gagner la bataille de Waterloo pour les Anglais contre leurs anciens frères d’armes. La Belgique néanmoins ne fut pas avare de son sang pour la France et la République, rendons lui cet hommage.

Article de Laurent B.

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[1] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 499.

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